- Un article remis en lumière rappelle qu'autrefois, on dormait souvent en deux blocs séparés par une période d'éveil nocturne.
- L'éclairage artificiel et les horaires d'usine ont peu à peu imposé la nuit d'un seul bloc de huit heures.
- Se réveiller vers minuit ou 3 h ne signifie pas forcément que votre sommeil est « défaillant ».
Vous ouvrez les yeux en pleine nuit, le cerveau en alerte, persuadée que quelque chose cloche. Et si ce réveil, loin d'être un bug, était en réalité un vieux réflexe hérité de nos ancêtres ? C'est tout l'objet d'une discussion devenue virale ces derniers jours, née d'un article qui réexamine le fameux « sommeil biphasique ». L'idée fait tourner les têtes : la nuit d'une traite, celle que l'on nous présente comme la norme absolue, ne serait peut-être pas si naturelle que ça.
D'où vient cette histoire de sommeil en deux temps ?
Des sources historiques, de l'Odyssée d'Homère jusqu'à l'Europe du 18e siècle, décrivent un rythme de nuit en deux blocs. On parlait alors d'un « premier sommeil » qui démarrait trois à quatre heures après le coucher du soleil, suivi d'une période d'éveil tranquille d'une heure ou deux autour de minuit, puis d'un « second sommeil » jusqu'au matin. Pendant cet entracte nocturne, on priait, on discutait, on s'occupait de petites tâches ou on restait simplement allongé à rêvasser.
C'est un post largement partagé sur les réseaux qui a relancé le sujet, invitant chacun à se demander si nos nuits « modernes » ne seraient pas une invention récente plutôt qu'une loi biologique.
One of my crazy theories is that sleeping in an 8 hour block is not how we are designed to sleep It’s a crazy amount of time when you think about it https://t.co/BhdgSa8sn8
— Prompter (@PromptLLM) 5 octobre 2026
La bascule se serait jouée avec l'arrivée de l'éclairage artificiel et des horaires rigides de la révolution industrielle. En repoussant l'heure du coucher et en imposant des réveils fixes, la lumière du soir a comprimé la nuit en un seul bloc continu. Résultat : ce réveil nocturne, autrefois banal, est devenu aujourd'hui source d'angoisse.
Ce que dit vraiment la science du sommeil
Attention à ne pas tout confondre. Les spécialistes rappellent que le sommeil dit « segmenté » a bel et bien existé dans certaines sociétés, notamment avant l'électricité. Mais cela ne veut pas dire qu'il faut absolument se forcer à dormir en deux fois pour être en bonne santé. L'essentiel reste la quantité totale de sommeil de qualité et la régularité des horaires.
En revanche, cette lecture historique a un vrai mérite : elle déculpabilise. Si vous vous réveillez au milieu de la nuit sans raison apparente, cela ne signifie pas forcément que votre sommeil est « cassé ». Un bref éveil nocturne fait partie des cycles normaux. C'est surtout l'inquiétude qui s'enclenche ensuite, les ruminations, le regard vers l'horloge, qui transforme ce moment anodin en nuit blanche. Si le phénomène vous obsède, notre article sur le réveil à 3 h du matin détaille pourquoi on ne se rendort plus et comment y remédier.
Le débat englobe aussi les variantes dites polyphasiques : la sieste de l'après-midi, les micro-siestes ou les emplois du temps extrêmes de certains adeptes de la productivité. Là, les experts sont plus réservés : fragmenter volontairement son sommeil à outrance peut nuire à la vigilance et à l'humeur.

Faut-il essayer de dormir en deux blocs ?
Pour la grande majorité d'entre nous, la réponse est non : inutile de bouleverser vos nuits pour imiter nos aïeux. En revanche, quelques enseignements sont précieux au quotidien :
- Dédramatiser le réveil nocturne : si vous ouvrez les yeux vers minuit ou 3 h, respirez calmement plutôt que de paniquer.
- Éviter l'écran au moindre réveil : la lumière bleue signale au cerveau qu'il est temps d'être actif et retarde le rendormissement.
- Garder la chambre dans le noir : c'est justement l'excès de lumière qui a bouleversé nos rythmes ancestraux.
- Ne pas regarder l'heure en boucle : le calcul anxieux du temps qu'il reste à dormir est l'ennemi numéro un du retour au calme.
Si vous êtes de celles qui dorment beaucoup sans jamais se sentir reposées, le paradoxe mérite aussi d'être creusé : on vous explique pourquoi on peut dormir 10 h et rester épuisée.
Un regard plus doux sur nos nuits
Ce qui séduit dans cette redécouverte du sommeil biphasique, c'est surtout le changement de regard qu'il propose. Plutôt que de viser la nuit parfaite, lisse et ininterrompue, on peut accepter que dormir soit un processus vivant, ponctué de petites variations. Nos ancêtres n'avaient ni montre connectée pour noter leur score de sommeil, ni pression à « performer » la nuit.
Alors la prochaine fois que vous émergerez à une heure incongrue, essayez de voir ce moment autrement : non pas comme une défaillance, mais comme une parenthèse silencieuse, presque intime. Et si le sommeil revient tranquillement ensuite, c'est peut-être que votre corps sait, depuis bien plus longtemps que vous, comment faire sa nuit.



