Liqueur aux paillettes d’or, dessert recouvert d’une feuille dorée, crème anti-âge « 24 carats » : l’or ne se limite plus aux bijoux. Face à cette mode, une question revient : l’or est-il dangereux pour l’homme ?
La réponse dépend de la forme sous laquelle on le rencontre. On fait le point sur l’or que l’on mange, celui que l’on porte, celui des cosmétiques et celui des anciens médicaments, à partir des avis des autorités sanitaires européennes.
Peut-on manger de l’or sans danger ?
C’est la question que l’on se pose devant une feuille d’or sur un sushi ou une coupe de champagne pailletée. Pour l’or alimentaire en feuilles ou en paillettes, la réponse est plutôt rassurante : sous forme métallique, l’or est très peu réactif, il est très peu absorbé par le tube digestif et il est éliminé dans les selles.
L’or est d’ailleurs autorisé dans l’Union européenne comme additif alimentaire sous le code E175. Réévalué par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) en 2016, il reste permis pour l’enrobage extérieur de confiseries, la décoration des chocolats et les liqueurs.
L’EFSA a toutefois demandé que ses spécifications précisent la taille des particules et la part de nanoparticules présentes dans l’or en poudre. Les doses consommées restent infimes, et l’or n’apporte aucune valeur nutritive ni bénéfice pour la santé démontré.
Côté pureté, l’or alimentaire est un or de 23 à 24 carats. Un bijou, même en or, contient d’autres métaux et n’est pas fait pour être avalé.
Porter de l’or sur la peau : y a-t-il des risques ?
L’or ne rouille pas, ne s’oxyde pas et résiste à la corrosion. C’est pour cette raison qu’il est utilisé en bijouterie, mais aussi en dentisterie. Pour la grande majorité des gens, porter des bijoux en or ne pose aucun problème de santé.
Il existe pourtant de véritables allergies de contact à l’or. L’or figure parmi les allergènes de contact testés en dermatologie, et il peut provoquer rougeurs, démangeaisons ou eczéma localisé, notamment aux lobes d’oreilles ou aux doigts.
Très souvent, une réaction à un bijou « en or » vient en réalité des autres métaux de l’alliage. Un or 9 ou 14 carats contient une part importante d’autres métaux, et le nickel, longtemps utilisé dans l’or blanc, est réglementé en Europe en raison de son pouvoir allergisant.
En cas de démangeaisons récurrentes sous une bague ou des boucles d’oreilles, un dermatologue peut réaliser des tests épicutanés (patch-tests) pour identifier le métal en cause.
Cosmétiques à l’or : efficaces ou préoccupants ?
Crèmes à « l’or colloïdal », masques « 24 carats » et soins de luxe vantent des effets anti-âge, éclaircissants ou régénérants. Ces allégations relèvent surtout du marketing : il n’existe pas de preuve solide que l’or améliore l’état de la peau.
La vraie question porte sur l’or sous forme de nanoparticules. En mars 2021, le Comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs (SCCS) a rendu un avis sur l’or nano, l’or colloïdal nano et l’or modifié en surface nano utilisés en cosmétique.
Sur la base de la littérature scientifique, le SCCS a conclu qu’il y avait lieu de s’inquiéter du fait que ces ingrédients puissent présenter un risque pour la santé humaine. Faute de données suffisantes, leur sécurité n’a pas pu être établie.
En pratique, la liste des ingrédients mentionne la présence de nanomatériaux par la mention « [nano] » après leur nom. Si vous souhaitez éviter ces formes, c’est l’indication à repérer, en particulier pour un usage quotidien ou sur une peau abîmée.
L’or sous toutes ses formes : pas toujours inoffensif
Tout l’intérêt est de distinguer les différentes formes de l’or :
- Or métallique (bijoux, feuilles, paillettes) : très peu réactif, très peu absorbé. Bien toléré en bijouterie et en usage alimentaire ponctuel, sauf allergie.
- Or en nanoparticules (dont l’or colloïdal) : comportement différent, encore mal connu. Le SCCS a exprimé des inquiétudes pour son usage cosmétique.
- Composés d’or médicamenteux (les « sels d’or ») : utilisés depuis les années 1930 contre la polyarthrite rhumatoïde (chrysothérapie), ils ont été progressivement abandonnés en raison d’effets indésirables fréquents (atteintes de la peau, des reins, du sang), d’une efficacité limitée et d’une surveillance contraignante.
Faut-il se méfier des compléments et « élixirs » à l’or ?
Certains sites vendent de l’or colloïdal à boire, présenté comme un remède pour l’énergie, la mémoire ou l’immunité. Aucune de ces promesses n’est démontrée, et l’ingestion régulière de nanoparticules d’or n’a pas été évaluée comme sûre.
Mieux vaut s’abstenir et, en cas de doute ou de maladie, en parler à un médecin ou à un pharmacien plutôt que de compter sur ce type de produit.
Alors, l’or est-il dangereux pour l’homme ?
La réponse est nuancée.
- Non, dans l’immense majorité des cas : l’or alimentaire autorisé, consommé ponctuellement, et les bijoux en or sont bien tolérés.
- Avec prudence, dans certains cas précis : allergie de contact, cosmétiques contenant de l’or sous forme nano, produits à boire à base d’or colloïdal, ou composés d’or utilisés autrefois en médecine.
Un dessert doré ou une bague ne vous feront donc pas de mal. En revanche, les prétendus bienfaits de l’or « magique » dans les cosmétiques ou les compléments ne reposent sur aucune preuve : l’or fait surtout ce qu’il sait faire de mieux, briller.
Sources
- EFSA Journal 2016;14(1):4362, Scientific Opinion on the re-evaluation of gold (E 175) as a food additive
- SCCS (Scientific Committee on Consumer Safety), mars 2021, avis sur l’or nano, l’or colloïdal nano et l’or modifié en surface nano dans les cosmétiques
- Règlement (CE) n° 1223/2009 relatif aux produits cosmétiques (étiquetage « [nano] »)
- Données de synthèse sur les médicaments à base d’or (chrysothérapie) et leurs effets indésirables



